1 sept, 2011

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Le déterrage des marmottes par M Marcel Lantelme ( histoire et tradition de la Foux D’Allos) Année 1900- Alpes de Haute Provence

M Marcel Lantelme évoque une tradition aujourd’hui disparue que celle de la chasse des marmottes. Cette pratique aujourd’hui interdite n’a plus lieu d’être. Mais il s’agit d’un écho du reflet d’une époque sans doute disparue.

Merci à M lantelme  pour son apport et sa disponibilité pour la création de ce site.

Braconnage ?
Oui ,on peut l’appeler comme cela .Mais était ce vraiment dubraconnage de la part de nos ancetres ,d’aller (chaver ), c’est à dire creuser pour prendre quelques marmottes endormies au fond de leur trou ? Bien que très pénible c’était une partie de plaisir, c’était aussi joindre l’utile à l’agréable .Plaisir de se retrouver entre copains ,de partager a midi un morceau de jambon bien gras et une (sèbe) .Puis après plusieurs heures d’effort arriver au nid ou quelques fois le butin était maigre.
Utile ,oui ,car si la prise était bonne c’était la perspective de quelques bons civets pendant l’hiver ,c’était la perspective d’une petite rentrée d’argent :les peaux de marmottes se vendaint très bien entre les deux guerres .Puis aussi une grande quantité de graisse a récupérer qui servait de carburant pour les lanternes ,de liniment pour les articulations ,de produit de subtitution en remplacemnt de l’huile devenue rare pendant la guerre .
C’est a l’automne que les quelques paysans de la contrée partaient le dimache « chaver ». Chaver voulait dire dans notre jargon patois franco italien :
Creuser la terre pour prendre les marmottes au nid.
Ce mode de chasse demandait un savoir faire exeptionnel. Savoir faire transmis par les anciens, et de génération en génération .Car pour que la prise soit bonne ou tout au moins convenable il fallait connaitre à fond les moeurs de ces animaux. Connaitre aussi les endroits ou ceux ci étaient susceptibles de s’être « entrouqués ».
Il ne fallait pas les chercher dans un bas fond,ou au bord d’un ru car elles savaient les bougres que la fonte des neiges,ou des grosses pluies pouvaient inonder leurs galeries.
Aussi les trouvaient ont sur des mouvements de terrain un peu surélevés,bien ensoleillés,en prévision d’une fonte des neiges tardives . Le domaine de chasse le plus prisé était le vaste vallon de la Sestrière ,aux sources du Verdon ou la gent marmotte vivait en abondance.
Dans cette vaste étendue les trous de marmottes se comptent par centaines . Ce qui ne veut pas dire que tous les trous sont des zonnes d’hivernage. Tout ce petit monde de rongeurs est d’un caractère assez craintif. Leur seule défense est la fuite,et tous ces trous sont en quelque sorte leur ligne « Maginot » !
Ce petit gibier ,lourd pour sa taille et lent dans sa course a cause de ses pattes courtes ,a de nombreux prédateurs:
L’aigle ou la buse est celui le plus craint ,le renard aussi ne dédaigne pas un petit marmotton qui a eut l’imprudence de trop s’éloigner .
Depuis quelques années le loup aussi s’offre de petits desserts . Puis l’été à l’époque de la transhumance ce sont les chiens de berger et les patous qui font des dégâts à cette population de rongeurs .Cette population a tout de même bien organisée sa défense .
En effet pendant qu’une partie de celle ci vaque à ses occupations journalières, c’est a dire manger et encore manger pour emmagasiner le maximum de graisse,indispensable pour leur survie pendant l’hiver ,des dizaines d’individus debout sur leurs pattes arrières au bord des trous font le guet .Leur role est de surveiller l’environnement et d’avertir toute la population en cas de danger. Les cris stridents des guetteurs ,qui ressemblent a si méprendre a des sifflements sont transmis de guetteur a guetteur. Le danger devenant imminent toutes les marmottes rentrent dans le trou le plus près . Ces trous que dans notre patois on nomme (siblaire)ont une grande importance dans la survie de ces rongeurs .Ce n’est qu’au mois d’octobre quelles prenent leur quartier d’hiver .Après le départ des troupeaux transhumants et la rentrée hivernale des marmottes la montagne semble déserte Seul,parfois le croassement d’un corbeau finnissant de nettoyer une vieille carcasse troublait ce silence .
Il fallait tout de même attendre la Toussaint pour aller « chaver »,pour être surs que tout ce petit monde était endormi . Et la au milieu de tous ces trous,il fallait trouver le bon !
L’héritage des anciens quant à ce savoir faire était le bienvenu . Un trou avec de la terre damée et piétinée autour était immédiatement délaissé . Un autre avec de la terre meuble non piétinée pouvait en principe faire l’affaire. Encore fallait il trouver « l’estapon » (bouchon de terre fermant la rentrée du terrier ) et qui pouvait mesurer entre un demi mètre et un mètre. Celui ci était parfois très peu profond ,on pouvait le toucher en tendant le bras dans le trou ..Et la après quelques palabres le forage pouvait commencer .Il fallait alors a la pioche attaquer une tranchée en profondeur de cinquante centimètres environ de largeur .Cette tranchée devait suivre minutieusement l’estapon, ce qui parfois était assez compliqué . Seuls quelques brins d’herbe sèche perdus lors de la confection du nid pouvaient donner quelques indices.
Cette terre piochée et retirée du trou avec un ichaou ( sorte de pelle recourbée emmanchée à angle droit), était examinée avec soin. Plusieurs heures étaient parfois nécessaires pour arriver au bout de ce bouchon ,a condition de ne pastrop trouver de grosses pierres.
Enfin un coup de pioche dans le vide, et voila la fin du bouchon (avendestapouna ). Un agrandissement du trou était nécécaire pour connaitre la direction de la galerie mise a jour .Pour cela un baton ferré faisait l’affaire. La direction du boyau étant aquise on recomencait une nouvelle tranchée parallèle a la première afin de retomber sur la galerie sans etre obligé de la suivre ,ce qui aurait été un travail suplémentaire .Au débouché de cette nouvelle tranchée, avec un peu de chance on pouvait parfois apercevoir une bifurcation de ce boyau .Sinon il fallait recommencer une autre mastre :(tranchée ) .A la bifurcation de la galerie une très grande attention était de rigueur.
D’une grande propreté, les marmottes installent dans la galerie une chambre a coucher capitonnée d’herbes sèches récoltées avant leur période d’hibernage et dans un autre trou pas très loin du nid un cagadou(cabinet de toilette ), qu’elles utilisent parait il une fois par mois ,a la nouvelle lune! Allez savoir! La encore il ne fallait pas se tromper ,mais en principe le boyau qui conduisait au nid était tapissé de brins d’herbe sèche laissés la pendant leurs déplacements . Pour n’avoir pas trop de terre a remuer,avec un outil moyenageux appelé: ichadon(sorte de petit pic ) la galerie était agrandie de façon a laisser le passage d’un homme :le plus petit de la bande bien sur, en se trainant sur le ventre .Ha! Ha !ha !.C’était une partie de rigolade bien sur ,mais dangereuse. Dangereuse, car une partie de cette voute ainsi formée pouvait s’effondrer a tous moments . Le rampant était sorti du trou en le tirant par les pieds.
Qelques coups d'(ichadon ) pour agrandir l’espace avant de rentrer de nouveau ,avec l’espoir cette fois ci de toucher du bout des doigts la première marmotte .La première prise était signalée par un mouvement du pied .Il fallait alors retirer du trou l’homme et la marmotte et recommencer l’opération jusqu’a la dernière prise . Cinq ou six individus faisaient déja partie d’une bonne nichée (trouquée ) .Elle pouvait etre plus importante mais aussi beaucoup moins .
Parfois une seule marmotte occupait le nid :souvent un vieux male célibataire !
Maintenant ,après une journée laborieuse,a la nuit tombée il fallait se dépecher de rentrer car au contact de l’air celles ci commencaient a bouger et bientot seraient réveillées .Entreposées à la cave, à l’endroit le plus frais de la maison elles pouvaient se rendormir .Le civet prévu il fallait au préalable et obligatoirement faire réveiller l’animal pour que le sang puisse couler. Pour le faire sortir de son hibernation on le mettait sous le poele pendant plusieurs heures .Ce n’est que bien réveillé que l’on pouvait le trucider !
Voila l’affaire conclue .On pourrait meme dire assez aisément cette fois ci !!D’après le dire des anciens il n’en était pas toujours de meme. Un gros rocher,au milieu de la tranchée et c’était l’abandon après plusieurs heures de travail.
Enfin tout cela se passait dans l’amitié et la bonne humeur et si bredouille il y avait on recommencerait la chose dimanche prochain!
Le promeneur averti peut encore distinguer par endroits quelques unes de ces tranchées maintenant recouvertes d’herbe et qui sont des vestiges du temps passé …
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